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Les entreprises sont aujourd’hui tributaires de l’engagement des utilisateurs. Ces propos de Daphna Glaubert, architecte et collaboratrice scientifique à la HEIG-VD, posent une problématique d’actualité pour toute entreprise. Ils préfigurent aussi le rôle central du design dans le processus d’innovation. Car toute solution, aussi brillante et innovante soit-elle, doit pouvoir être utilisée facilement pour rencontrer le succès sur le marché. C’est ici qu’interviennent les designers de produits et services.

Dans la continuité de l’ « Innovation by Design Challenge » organisé en automne 2017, Innovaud a consacré son premier Connect de l’année à l’impact du design dans les processus d’innovation. Lors de la soirée du 27 février dernier à Renens, plus d’une cinquantaine de participants ont eu l’opportunité de découvrir le design et les outils mis à disposition par la HEIG-VD, les Ateliers de Renens, l’ECAL et Innovaud, pour faire rencontrer et travailler ensemble entreprises et designers. 

Après une introduction de Didier Schwarz, conseiller en Innovation pour Innovaud, Daphna Glaubert a débuté la soirée en répondant à une question : Qu’est-ce que le design?

Pour cette architecte de formation, le design joue un rôle central dans notre économie. Intégré au processus d’innovation, cette discipline a pour objectif de créer de la valeur en permettant aux acteurs de se différencier sur des marchés toujours plus compétitifs, à l’image d’entreprises comme Apple, IBM ou Nike. Si le design évoque souvent un style visuel aux yeux du grand public, il joue aujourd’hui un rôle autrement plus important : permettre de concevoir des objets et des services harmonisés à l’environnement humain.

Pour être efficace, la discipline intègre design thinking et design doing, en touchant quatre domaines selon le spécialiste Richard Buchanan: le graphique, l’industriel, les interactions et les systèmes. C’est cette approche globale qui permet de transformer un simple outil fonctionnel en une expérience mémorable. Générer des idées, les mettre en œuvre et les confronter aux besoins des clients de manière à en faire une expérience. Le travail des designers de produits et de services se rapproche ici de celui d’un architecte.

Après cette intervention particulièrement riche, la deuxième partie de cette soirée a permis de découvrir les témoignages de deux entreprises vaudoises et ce que le design leur a apporté: la startup « La Fraiche » lauréate de l’Innovation by Design Challenge 2017 et la scale-up Abionic, plateforme de diagnostic biomédical révolutionnaire permettant de tester les patients à partir d’une seule goutte de sang en un temps record. 

La présentation de « La Fraiche » a permis de revenir sur une semaine en novembre pour innover sous l’angle du design, celle organisée aux Ateliers de Renens. A cette occasion, l’entreprise fondée et dirigée par Félix Burnand s’est littéralement réinventée grâce aux designers avec qui il a pu collaborer. Son idée est alors passée d’une ferme urbaine pour particuliers à des mini-potagers pour des entreprises, le tout basé sur la technique de l’aquaponie, un système qui unit la culture de plantes et l’élevage de poissons. Enthousiaste, le directeur de « La Fraiche » reconnaît que dans le cas de son entreprise, l’apport des deux designers, dont Renaud DeFrancesco, a été déterminant en lui permettant de se poser les bonnes questions. 

Le deuxième exemple est tout aussi révélateur. Comme nous l’explique le Dr. Iwan Marki, Directeur technique d’Abionic, le développement actuel de la scale-up, basée au Biopôle, est fortement lié au travail effectué en amont avec les designers sur leur produit, en l’occurrence le studio Oxyde à Lausanne. Malgré un concept prometteur et une efficacité prouvée, le premier prototype de l’entreprise ne passionnait pas les investisseurs. La démarche entreprise par Oxyde a clairement changé la donne. Après avoir été briefée, l’équipe d’Oxyde s’est attaquée systématiquement à la promesse, la lisibilité, la cohérence de la proposition pour pouvoir soumettre en moins de 6 moins un nouveau design, anticipant la production, un vrai plus pour la startup qui devait pouvoir commercialiser rapidement son produit.

Passer par la case design fait plus de sens que jamais. C’est ce qui ressort de cette soirée particulièrement riche, à l’image de la séance question-réponse très animée. Si l’exemple de « La Fraiche » montre bien la nécessité d’intégrer tôt des designers industriels dans une réflexion de projet, le cas d’Abionic nous renseigne sur le retour possible d’une démarche de design. Faisant aujourd’hui partie des 21 entreprises innovantes en forte croissance du Canton de Vaud, la scale-up Abionic de diagnostic biomédical a pu s’appuyer sur l’expertise de designers de notre région pour se donner les moyens de croître. 

Rédigé par Eugène Schön