Innovation by Design Challenge INDUSTRIE

Organisé pour la première fois à l’automne 2017, l’Innovation by design challenge a permis la rencontre et la collaboration entre entreprises et designers. Une démarche fructueuse pour chacun, amenée à se développer.

Le canton de Vaud est un haut lieu du design, le travail de l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne) est d’ailleurs reconnue mondialement. La région fourmille également de start-ups et de PME: près de 36’000 entreprises locales sont établies dans le canton, dont une majorité de petites structures.

Jusque-là, ces deux mondes ne collaboraient pas, ou très peu. «Le design n’est pas considéré à sa juste valeur par les PME, il est associé à une recherche de style ou d’esthétique, alors que la discipline va beaucoup plus loin. Dans le développement d’un produit ou d’un service, elle prend en compte les éléments fonctionnels, l’ergonomie, les questions économiques, les contraintes techniques ; l’esthétique est une préoccupation constante mais elle est aussi le résultat d’un processus clair, qui prend en compte le domaine d’activité de l’entreprise et son cahier des charges», détaille Luc Bergeron, professeur à l'ECAL et co-responsable du Master Innokick avec Nathalie Nyffeler.  Du côté des designers, peu se rendent compte qu’ils peuvent être utiles aux entreprises de la région. «Les étudiants de l’ECAL ne pensent pas forcément faire leur carrière à Renens. Avec ce projet, nous avons voulu les sensibiliser aux structures existantes, et leur insuffler une démarche entrepreneuriale», explique Nicolas Servageon, Secrétaire de la fondation des Ateliers de Renens qui a participé à la coordination de l’Innovation by design challenge.

Quatre soirées pour repenser un produit

Ces constats ont été partagés par la HEIG-VD et l’Ecal qui, depuis 2016, développent un projet de recherche sur le sujet. «Nous avons voulu créer un événement pour que les entreprises connaissent mieux le design», explique Daphna Glaubert, architecte et collaboratrice scientifique à la HEIG-VD. C’est ainsi qu’est né l’Innovation by design challenge, porté également par Innovaud et la Ville de Renens qui dispose depuis 10 ans d’un prix d’innovation, et d’une semaine dédiée à la rencontre entre la municipalité et les entreprises. Le format? Un appel à projets, qui a vu une vingtaine de PME et une dizaine de designers postuler. Les organisateurs ont attribué à chaque PME, avec sa problématique propre, un groupe de deux designers chargé de l’accompagner dans sa démarche, au cours d’un temps très limité: quatre ateliers de réflexion. Les résultats ont été plutôt bluffants. «Cinq PME de tout domaine, de taille différente et avec des projets aux développements divers ont été sélectionnées. Sur les cinq, une seule n’a pas parfaitement fonctionné et ses participants ont pu l’expliquer, ce qui crédibilise la démarche. Les quatre autres ont marché génialement. Des changements profonds ont eu lieu pour certaines entreprises: modèle d’affaires, nom…Les designers ont amené un état d’esprit, une façon de regarder les choses totalement différente», décrit Nicolas Servageon. «Les PME sont parfois un peu dépassées par la vitesse avec laquelle certaines innovations arrivent sur le marché, elles ne savent pas par quel bout prendre certaines problématiques», poursuit Nicolas Servageon. Un designer, par ses questions et sa démarche propre, non dictée par le marketing par exemple, peut aider à améliorer la pertinence d’une innovation.»

Changements radicaux

Une situation qu’a connue La Fraîche, entreprise qui a remporté le premier prix de 8'000frs. Son concept initial reposait sur des fermes urbaines pour particuliers, basées sur l’élevage de poissons nourrissant des plantes, celles-ci contribuant à purifier l’eau. Au contact des designers, le projet a changé du tout au tout. «Ils sont arrivés avec un prototype et repartis avec un autre. Leur business-model et leur produit ont évolué. Ils ciblaient au départ les particuliers ; ils vont au final développer des mini-potagers pour entreprises. Les designers ont proposé un système modulaire pour placer leurs produits dans des espaces d’attentes et de travail, ce qui est une nouvelle façon de le mettre en œuvre», décrit Daphna Glaubert. L’atout, pour ce ‘pivotage’ a été de bénéficier du «makerspace» des Ateliers de Renens pour prototyper le nouveau produit. «C’est  un outil au service de l’innovation, l’endroit qui permet d’aller au bout d’une démarche. Le canton en compte d’autres, qui lui sont complémentaires, comme l’Addipôle de Sainte-Croix où l’impression 3D en métal est notamment possible», souligne Nicolas Servageon.

«Je ne savais pas que des designers de service existaient ! »

Philippe Held est le CEO de Dermosafe, start-up de trois salariés fondée en 2012, spécialisée dans le dépistage précoce de cancers de la peau au moyen de la dermoscopie connectée. Il a remporté le prix du public lors de l’Innovation by design challenge.

«Pour moi cette démarche était l’occasion de découvrir le monde du design, que je ne connaissais pas. J’imaginais que cela concernait d’abord l’aspect esthétique, or c’est bien plus que cela. Notre challenge de départ était de trouver une solution pour que notre outil, qui est présent dans les cabinets de spécialiste, soit davantage utilisé, notamment au travers de sessions de dépistage clés en main que nous pourrions animer. Parmi les deux designers avec qui j’ai pu collaborer, l’un est spécialisé dans les services. Je ne savais pas que cette fonction existait, je pensais que c’était dédié aux produits. Or, qu’il s’agisse d’un produit ou d’un service, faire appel à un designer en amont lui permet d’agir et d’apporter une vrai plus-value. Les deux designers avec qui j’ai collaboré étaient extrêmement réfléchis, ont posé beaucoup de questions, ont réussi à synthétiser les problématiques pour faire ressortir l’essentiel. En quatre sessions –ce qui est peu- nous avons identifié les contraintes et besoins pour les patients et les médecins, réfléchi à la manière la plus simple, pratique, économique d’y répondre. Nous avons notamment repensé la plaquette de présentation pour les professionnels et le flyer pour les patients. J’ai mandaté un des deux designers pour poursuivre le travail.»

L’autre intérêt pour les participants a été de s’ouvrir à un réseau. «L’événement a été pour moi l’opportunité de rencontrer des gens, juste au moment où j’avais envie de trouver de nouvelles personnes pour travailler sur des aspects marketing et design justement. J’ai d’ailleurs mandaté l’un des designers avec qui j’ai collaboré», explique Philippe Held, CEO de Dermosafe, qui a obtenu le prix coup de cœur de 3’000 francs.

Par ailleurs, un protocole de recherche a été établi par la HEIG-VD et l’ECAL pour savoir en quoi cette démarche s’est révélée pertinente pour les participants. Les résultats –à priori très positifs- seront publiés dans un article scientifique à venir.

Designers, centres de prototypage, validation scientifique…pour ses défenseurs, l’Innovation by design challenge est clairement l’embryon d’un futur service à destination des PME vaudoises. Reste à le pérenniser, et à le faire connaître. Aux dires des interlocuteurs, une édition 2018 semble déjà en bonne voie.

Rédigé par Camille Andres