Olympe : faciliter le développement d'applications d’entreprise

[Portrait] La scale-up vaudoise maintes fois primée Olympe propose une plateforme de composition permettant aux entreprises de développer des applications informatiques. Elle compte déjà comme client de grandes marques comme Nestlé et Logitech. Basée à l'EPFL Innovation Park, l'équipe s'est agrandie de 20% en 2021. En août Olympe a lancé la version gratuite de sa plateforme et a publié sa collection de « briques » de code en open source. La société vient de lancer un tour de financement Série A. Entretien avec son CEO Laurent Chatelanat.

Près de 60 années-hommes ont été consacrées au développement de la plateforme informatique exclusive d'Olympe. Selon les mots de Laurent Chatelanat, CEO, "il est très compliqué de rendre les choses simples". Et c'est précisément ce que fait sa plateforme - elle transforme la tâche compliquée du développement d'applications d'entreprise en quelque chose de très simple. Fondée en 2015 par deux ingénieurs logiciels ayant une expérience préalable de l'industrie, Laurent Chatelanat et Antoine Forel, Olympe fournit aux entreprises une plateforme intégrée qui optimise le processus de développement logiciel et le lie directement aux besoins de l'entreprise - donnant ainsi aux DSI les moyens d'extraire davantage de valeur commerciale de leurs ressources informatiques.

Comment Olympe aide-t-elle les entreprises à développer et à déployer des applications professionnelles plus efficacement ?
Notre plateforme fonctionne essentiellement en alignant les capacités informatiques des entreprises avec leurs processus métier. En fin de compte, tout est une question de collaboration. Olympe améliore la collaboration entre les développeurs informatiques qui savent écrire du code et les responsables métiers qui connaissent les besoins opérationnels sur le terrain. Les développeurs créent ce que nous appelons des « briques », c'est-à-dire des modules technologiques ayant une signification opérationnelle spécifique. Une brique peut par exemple être un ensemble de dates de livraison contractuelles, ou le rendement attendu d'une usine de production. En assemblant ces briques - une tâche assez facile sur notre plateforme - les responsables peuvent obtenir une vue d'ensemble de leurs opérations et se concentrer sur les tâches à plus forte valeur ajoutée. En parallèle, les responsables métiers peuvent saisir leurs cahiers des charges dans la plateforme Olympe.

Quels sont les marchés cibles de votre système ?
Ce n'est pas facile de vendre une plateforme informatique lorsque l’on n'est pas un grand acteur comme Microsoft ou Amazon, car une plateforme est surtout un point de départ à partir duquel vous devez construire vos applications. C'est pourquoi nous proposons notre plateforme avec une série d'applications répondant à un cas d'entreprise ou à un problème spécifique. Nous les appelons des "solutions" puisqu'elles répondent aux besoins particuliers d'une entreprise. À titre d'exemple, nous travaillons actuellement sur une série de solutions de mesure et de traçabilité des émissions de CO2 sur l'ensemble des activités d'une entreprise, ou sur l'utilisation de la blockchain pour suivre les transactions de sa chaîne d'approvisionnement, de manière rationnelle et holistique. À terme, nous prévoyons de fournir un système intégré où les entreprises pourront calculer non seulement leur empreinte carbone, mais aussi tous les indicateurs clés de performance en temps réel, et ce directement à partir des données opérationnelles. En conditionnant notre solution pour cibler des secteurs spécifiques, nous pouvons réduire notre cycle de vente et apporter plus de valeur au client plus rapidement. 

Quels sont les avantages à être basé dans le canton de Vaud ?
On entend souvent dire que les salaires en Suisse sont élevés, mais dans notre secteur, les salaires sont en fait tout à fait raisonnables par rapport à d'autres clusters technologiques comme la Silicon Valley. D’autre part, grâce aux excellentes écoles de la région, nous avons la possibilité d'engager des personnes très talentueuses. Un autre avantage, c’est que la concurrence est relativement faible. Nous n'avons pas le siège de Google ou de Facebook juste à côté de chez nous ! Cela nous donne une marge de manœuvre pour nous concentrer sur le développement technologique et commercial, et explorer la meilleure façon d'aborder nos marchés. En outre, le nombre élevé de grandes multinationales dans la région - comme Nestlé, qui est une entreprise cible typique de notre plateforme - nous permet de nouer des liens locaux étroits avec notre premier groupe de clients. Enfin, il y a les avantages liés à la qualité de vie, surtout dans une ville de la taille de Lausanne. En une demi-heure, vous pouvez être sur les pistes, au bord du lac ou à l'aéroport de Genève !

En quoi le fait de faire partie du réseau Scale Up Vaud vous a-t-il aidé ?
Je dirais que cela a donné de la crédibilité à notre entreprise. C'est l'un des trois ou quatre labels dont nous sommes très fiers et qui ont contribué à notre positionnement. Il y a une autre initiative de grande valeur qui, à mon avis, mérite d'être mentionnée : la communauté qu'Innovaud crée entre les entrepreneurs, en particulier pour les petites et jeunes entreprises comme la nôtre. Nous avons beaucoup appris des grandes entreprises membres du réseau, puisque nous avons tous eu à relever les mêmes défis entrepreneuriaux au cours de nos parcours. Ce type d'initiatives a largement contribué à renforcer la communication au sein et à propos de l'écosystème vaudois d'innovation. Il est peut-être relativement petit, mais c’est justement grâce aux communautés comme celle d'Innovaud que l’on peut tirer parti de la taille limitée de notre écosystème pour créer des liens solides.  

Que prévoyez-vous pour le développement de vos activités dans le canton de Vaud et à l'étranger ?
Nous venons d'achever une levée de fonds de CHF 3,5 millions en septembre dernier. Cela marque en réalité un changement majeur dans notre modèle d'affaires, puisque jusqu'à présent notre croissance était entièrement financée de manière organique, par la vente de services fournis via notre plateforme. Mais grâce à ces fonds, nous pouvons désormais commercialiser directement notre plateforme, même si le cycle de vente est plus long. Cela implique que nous devrons réorienter notre stratégie de vente et de marketing, et rechercher des compétences différentes pour notre équipe de vente ; démarche que nous avons déjà entamée. Une fois que nous aurons ancré notre nouveau positionnement, le prochain défi sera d'étendre la portée de notre plateforme et de gagner des parts de marché. Nous espérons effectuer une nouvelle levée de fonds, plus importante que la précédente, à la fin de cette année ou au début de l'année prochaine, et nous utiliserons le fruit de cette levée pour nous attaquer aux marchés internationaux.